« De voir le miroir complet, je ressens une chaleur dans ma poitrine ». Très large sourire, la commentatrice Michelle Thaller, astrophysicienne, exprime son immense joie. Dans la salle de contrôle du Space Telescope Science Institute de Baltimore les ingénieurs et responsables applaudissent. C’est d’une magie merveilleuse – que de fois on a entendu ce mot « wonderful ». La seconde aile du miroir principal du Télescope Webb vient de s’ouvrir et compléter sa surface.

La visualisation du miroir complet, le centre de contrôle du STScI à Baltimore et les deux présentatrices, Julie van Campen, ingénieure Webb, et Michelle Thaller, astrophysicienne.

Certes des satellites géostationnaires ont manœuvré sur leurs orbite, la myopie du télescope Hubble a du être corrigé par des astronautes, et bien sûr la Station Spatiale Internationale a vu de nombreuses configurations, d’arrivées et de départs. Mais la naissance de Webb qu’on a suivi aujourd’hui marque un tournant dans l’histoire du spatial. C’est la toute première fois qu’on déploie en plusieurs étape cruciales un satellite aussi gros, aussi complexe et aussi loin de la Terre. Un tournant surtout pour la science avec la toute nouvelle vision de l’Univers qu’on attend de lui.

Après de nombreuses vérifications, notamment des attaches et mécanismes qui devaient libérer le panneau et ses 3 segments octogonaux, des températures et fonctionnement des moteurs qui devaient le faire pivoter, les responsables du Mission Control Center ont donné l’ordre d’abord d’un petit mouvement, de pivoter de quelques degrés seulement puis d’initier le basculement entier. Cette rotation a duré quatre minutes, pendant lesquels on pouvait suivre la visualisation en temps réel gérée par les données provenant du satellite. Les deux pièces se rapprochaient lentement.

Une visualisation bien évocatrice pour Webb qui va avec sa grande luminosité dorée « ouvrir un nouvel Univers » mais trompeuse car en réalité ce côté le satellite était à l’ombre et dans le noir complet.

A 16H28 heure de Paris, ce dernier grand déploiement de cette mission s’achevait. Restait à verrouiller l’aile à la structure principale du miroir, chaque verrou ayant des marges de mouvement pour rigidifier l’ensemble sans exercer trop de pression.

Après le lancement de Kourou, il restaient 344 points ou actions de défaillance potentielle (« single point failure ») qui pouvaient compromettre toute la mission. Aujourd’hui 178 petites étapes cruciales auront été franchies avec succès.

A gauche vue de Hubble dans le visible, la même vue en infrarouge de Webb

Depuis plusieurs siècles l’astronomie spatiale illumine nos connaissance et illustre nos cerveaux, notamment avec les images spectaculaires du télescope spatial Hubble. Avec la coopération internationale de la NASA, ESA, Canada et ses partenaires, Webb semble ouvrir à une nouvelle époque.

Webb va atteindre, à la fin de ce mois sa destination finale au point de Lagrange L2, stationnaire à 1,5 millions de kilomètres de la Terre. Si pendant les 5 prochains mois la mise en service et celles de ses quatre instruments d’observation se passe bien, on peut s’attendre à une magnitude insoupçonnable des découvertes à venir. Premières images vers le mois de juillet.

Oui, j’ai été ému, j’ai applaudi en même temps que la salle de contrôle et puis j’ai pris une décision : je vais bien m’en commander une pour prendre le thé avec ces bons souvenirs.

Source images : NASA Webb

Updated/maj. 08-01-2022

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