Il y a à peine 48 heures je posais la question sur les répercussions que pourraient avoir des “sanctions sévères” à l’encontre de la Russie sur les activités spatiales. Je pensais en premier à l’usage de la fusée Soyouz exploitée par Arianespace. Christian Lardier, grand spécialiste du spatial russe, me répondait:

“Cher Martin, il ne reste que trois tirs de Soyouz en 2022 (deux pour Galileo et CSO-3), puis les trois derniers en 2023 (Euclid EarthCare et Sentinel-1C), soit six Soyouz à lancer avant l’arrêt d’exploitation en 2024. Si la 3e guerre mondiale éclate dans les prochains jours, il faudra lancer ces satellites avec Ariane-6 ou Vega-C. Mais le plus grave, c’est pour l’ISS !!!!”
 
Aujourd’hui alors que la crise semble sérieusement s’aggraver, un autre ami Stefan Barensky, directeur la revue Aerospatium, en fait un Éditorial complet.

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Dans son discours à Toulouse le 16 février, le président Emmanuel Macron a rappelé combien, lorsque l’on parle de souveraineté, l’espace représente « la souveraineté des souverainetés », et souligné le rôle essentiel joué par l’autonomie en matière d’accès à celui-ci.

Avec le programme Ariane, l’Europe s’est enorgueillie depuis plus de quarante ans d’avoir acquis et préservé, de haute lutte, son indépendance en la matière. Toutefois, la crise russo-ukrainienne, et l’avalanche de conséquences qui pourraient en découler, met en évidence les limites de cette souveraineté.

 

Le moteur ukrainien RD-843 propulse l’étage supérieur Avum du lanceur européen Vega. Crédit : ESA.

Que des sanctions tombent et le Soyouz pourrait ne plus jamais décoller de Guyane, clouant au sol plusieurs missions qui en dépendent, du maintien de la constellation Galileo au renouvellement des satellites météorologiques MetOp, en passant par l’observatoire scientifique Euclid. Que l’infrastructure ukrainienne soit mise à mal et adieu l’Avum, étage supérieur de Vega, dont les moteurs sont fabriqués à Dnipro (ex-Dniepropetrovsk).

Avec la fin d’Ariane 5, seule reste Ariane 6, dont le premier vol est annoncé à la fin de l’année. Quel est le « plan B » en cas de retard ou de problème de qualification ? Certaines missions devaient passer sur Soyouz, si Soyouz il y a. Plus encore que la concurrence de SpaceX, la politique du Kremlin condamne donc Ariane 6 au succès.

Alors jusqu’ici, au nom de la coopération, le secteur spatial a toujours été épargné par les sanctions envers la Russie, ce qui a permis à la Station spatiale internationale de survivre. Ce choix de la coopération, favorisé par les Européens, que ce soit pour ExoMars ou pour les vols habités, est-il pérenne ? Rappelons que pour que ce soit véritablement un choix, il faudrait d’abord avoir les moyens de s’en passer.

Updated/maj. 22-02-2022

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