J’avoue que lorsque j’ai appris sa mort – annoncé comme par lui-même sur sa page Facebook à laquelle j’étais abonné – je n’ai pas réagi à un niveau personnel. Parceque je connaissais mal l’homme. Et je me méfiais de sa médiatisation et de la controverse qui l’accompagnait. Aujourd’hui je suis content de reproduire la réaction et les réflexions d’une bonne amie dont je partage beaucoup d’idées sur la vie et l’évolution de la société. C’est un très beau texte. Merci Sylvie !


Un petit colibri s’est envolé cette nuit 😢

Je me souviens il y a plus de 20 ans, de la découverte pour moi des écrits de ce grand homme, qui était d’ailleurs plutôt petit, de la taille des lutins malicieux qui ont plus d’un tour de magie dans leur poche. Pierre Rabhi était de ceux-là. Ceux qui avancent sans bruit, une pelle ou un arrosoir à la main. Ceux qui agissent plutôt que de gesticuler sur de grandes idées tout en brassant du vide.

Pierre s’en est allé, et le motif de sa mort me touche beaucoup, puisqu’il est parti sur une table d’opération, victime d’une hémorragie cérébrale. Certainement son cerveau ne pouvait contenir à lui seul autant de belles pensées écologistes, toutes concentrées dans un seul être ?

Car c’est bien de cela que souffre notre société : de plus en plus d’êtres vides, dépourvus d’amour, de passions ou plutôt empêtrés dans des passions tristes: consommation, dépendance affective, appât du gain, du paraître… Quel être sensible peut supporter cela ?

Il est urgent d’insuffler à notre société autre chose, lui donner une respiration, une ouverture. Lui donner de l’amour, du soin à soi-même et aux autres. Lui donner de la douceur. Ne voyez-vous donc pas que nous souffrons tous, notamment depuis 2020, de cet appauvrissement des êtres, de leur désintérêt, de leur mépris ? Avoir de grandes idées c’est bien, mais les mettre en application chaque jour avec de petites choses c’est mieux.

Nous avons tous vécu cette expérience depuis deux ans de l’enfermement, pas que physique mais aussi psychique. Nous avons tous des amis, de la famille, que nous ne voyons plus, pas à cause du Covid, mais parce que toute communication avec eux est devenue difficile, voire impossible. Ce que je constate, avec à chaque fois un plus grand désespoir, c’est que nous nous enfonçons dans une polarisation extrême et un manque d’ouverture aux autres. Ce que je constate, c’est que même des amis peuvent, parce qu’ils sont convaincus de détenir une vérité, facilement insulter et stigmatiser tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Nous sommes fatigués, nous ne répondons même plus la plupart du temps aux insultes et préférons détourner le regard, car, au bout de deux ans de ce traitement, même répondre gentiment aux insultes fait mal.

Ne vous méprenez pas: la vérité d’autrui est certainement juste, mais ce n’est qu’une vérité parmi d’autres, pas une vérité universelle. Et en cela, nous devrions tous pouvoir écouter et échanger sur d’autres points de vue que le nôtre et non nous enfermer dans des façons de voir le monde agressives et stériles. Car c’est bien de stérilité dont nous parlait Pierre Rabhi avec l’agroecologie. Celle d’enfermer la terre, et donc les êtres vivants, dans un rapport stérile. Et c’est exactement ce que nous faisons, notamment depuis 2020: nous priver, tous, en nous enfermant dans nos certitudes stériles, de la possibilité de réfléchir et de grandir.

A l’instar de cette légende amérindienne que Pierre Rabhi racontait souvent, tel un Petit Prince avec son éternelle écharpe bleue: face à un incendie dans une forêt, ce minuscule oiseau qu’est le colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour essayer d’éteindre le feu. Les autres animaux se moquaient de lui face à l’immensité de la tâche, ce à quoi le colibri répondait « je le sais, mais je fais ma part ».

Et si nous décidions, à partir d’aujourd’hui, de faire tous notre part ?

Prenez soin de vous et des autres 🙏


Sur cet homme finalement très controversé, un article du Monde de 2018

Updated/maj. 05-12-2021

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