AZF souvenirs – vingt an s après.

Je n’étais pas sur le planning ce jour là. Je travaillais chez moi dans mon bureau, rédigeant une texte ou enregistrant un commentaire de reportage radio ou de vidéo, je ne me souviens pas.

La déflagration secoua la grande double fenêtre derrière moi, donnant sur la cour intérieur. J’ai senti des vibrations dans le plancher du sol. Les anciennes vitres à petits carreaux à simple vitrage ont secoué mais aucune ne c’est fendue ou brisé. A posteriori, je pense que la cour orientée vers le nord a du nous protéger et atténuer le souffle.

Paulette était dans la cuisine où je l’ai rejointe, tous deux « sonnés » par ce bruit de tonnerre énorme, et par la peur de la surprise. Nous avons cru que l’origine devait être tout proche dans notre quartier au bas de l’Avenue Jean Rieux. De la fenêtre de la cuisine, également sans dommages, nous pensions à l’entreprise de construction en face. Là rien d’anormal.

Puis nous associons cette déflagration à un attentat, les images des tours jumelles encore fraiches. Attentat, mais où? Si proche? Je pensais au Consulat du Maroc dans l’Avenue. Je quittais la maison, d’autres gens étaient dans la rue, chacun s’interroge. Le bruit de l’explosion résonne encore dans nos oreilles.

Du bout de la Rue du Chant du Merle, je vois que rien ne bouge au niveau du Consulat. Ça doit donc être au centre ville. On est loin de penser qu’il puisse s’agir de quelque chose bien plus loin, de l’autre côté de la ville.

De retour à la maison, je tente de téléphoner à Sud. Les lignes sont bloquées, puis je parviens à joindre mes collègues à la rédaction. Mes souvenirs sont flous. Ils ont entendu aussi mais savent-ils déjà, dans ces toutes premières minutes, qu’il s’agit d’une explosion près de la rocade sud, à l’ONIA?

Paulette devait aller au travail, rue Monplaisir. Elle avait eu au téléphone une collègue, tout allait bien à l’IJA, mais ils ont eu peur comme tout le monde. Comme les enfants du centre. Sur son trajet vers la rue Monplaisir elle n’est pas tranquille. Qui le serait dans l’ignorance des causes de cet énorme secouement?

Mes souvenirs s’arrêtent là. Je ne pense pas avoir rejoint ma rédaction. Et j’ai complètement oublié qui y était, quel chef, quels reporters, comment la radio a couvert l’événement ce jour là. Bien sûr, j’ai appris vers la mi-journée, notamment à FR3 par le reportage de Pierre Nicolas et Michel Mezières, devenu historique. Un ancien collègue de Sud de l’époque m’indiquait il y a quelques jours qu’il n’existe aucune archive de la radio de ce jour.

C’est comme un paradoxe: que je faisais partie d’une équipe de journalistes, amis bien soudés au travail, que j’ai cet énorme trou de mémoire sur les heures suivant l’explosion. J’espère que des «anciens» de Sud pourront aussi témoigner de leurs vécus de cette journée exceptionnelle.

Updated/maj. 22-11-2021

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