J’adore le cinéma car les films peuvent vous transporter : dans l’imaginaire ou le vécu de quelqu’un d’autre, dans des scénarios qui inspirent ou vous excitent… ou bien vous renvoient à votre propre passé, vos expériences et vos rencontres.

C’est ce qu’a fait le film L’Homme qui défiait l’infini  (“The Man who Knew Infinity”) de Matt Brown de 2015. Il s’agit, dans les années 1930, de la vie et carrière du mathématicien indien Srinivasa Ramanujan et son amitié avec son mentor, le professeur Geoffrey H. Hardy.

Cela m’a renvoyé à differentes époques de ma vie, et contribue à m’expliquer qui je suis.

“Mathematics, rightly viewed, possesses not only truth but supreme beauty.” – Bertrand Russell

Le filme est préfacé par cette citation de Bertrand Russell, considéré comme l’un des philosophes les plus importants du XXe siècle: mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique. ‘Le Voltaire anglais‘.

Alors que j’étais très jeune lycéen, les trois volumes de son autobiographie (1967-69) étaient sur les étagères de ma mère. Je les ai toujours!

Ramanujan,  brillant mathématicien, encouragé par ses pairs Anglais, (notamment le mathématicien Geoffrey Hardy) était arrivé à l’Université de Cambridge où il côtoyait Bertrand Russell, partageant avec lui le concept de la “beauté, l’esthétique des mathématiques”. Si Russell était athée, l’indien plus mystique expliquait qu’une “équation n’a pas de sens pour moi que si exprime une pensée de Dieu“. Il croyait comme Russell dans l’unité du monde:  “There are patterns in everything. The color in light, the reflections in water… in math, these patterns reveal themselves in the most incredible form. It’s quite beautiful.

Comme dans mon école anglaise, au réfectoire très traditionnel

Ce film m’a renvoyé à mes années d’écolier dans des traditions très “british”, ensuite du Lycée Français de Londres et puis celles plus trans-culturelles et ouvertes à l’université.

Quand je suis arrivé au lycée, je savais parler mais pas écrire le français. Mais j’étais un crack en mathématiques qui étaient comme un jeu pour moi.

J’adorais l’algèbre et commençait à explorer la logique et la linguistique. Il en fallait peu pour que je découvre la pensée de Bertrand Russell, dans toute ses dimensions.

A la fin de ma première classe de 7ème, il n’y avait que ma camarade Charlotte qui me précédait dans le tableau d’honneur des mathématiques.

(Hulton-Getty)

Bertrand Russell, né en 1872 au Pays de Galles, mort en 1970. Au cours de la Première Guerre mondiale, Russell fut l’une des rares personnes à se livrer à des activités pacifistes actives. Il fit de la prison pour ces acte de résistance. Russell a reçu le prix Nobel de la Paix en 1950.

Puis les années 70 (de ma jeunesse) avaient été marquées par son engagement au côté notamment de Jean-Paul Sartre contre la guerre du Vietnam. J’étais à l’époque touché par les ravages du conflit. Dont je voyais un autre aspect avec les souffrances familiales de mon amie Vietnamienne.

Dans le film, 'Bertie' Russell (Jeremy Northham), Geoffrey Hardy (Jeremy Irons).

Au terme de mes années au Lycée, j’étais toujours fort en mathématiques, y ajoutant un grand intérêt pour les sujets techniques, physique, chimie et biologie. J’étais écartelé entre une poursuite des études dans ces secteurs ou ceux de la littérature.

Après avoir voulu être pilote ou agriculteur, j’ai finalement opté pour un “mélange académique” une licence de français et philosophie. Et je reprenais donc ma passion pour la philosophie scientifique, la logique analytique et le positivisme avec entre autres “Principia Mathematica” de Russell.

Je peux dire, plus de 60 ans plus tard, que je suis toujours intéressé (mais avec l’âge avançant souvent “fatigué”) par ces considérations que sont l’exactitude des informations, des paroles, par le souci de vérité intrinsèque, l’analyse de l’esprit, de la matière (problème cosmos-corps-esprit), de la connaissance de soi, ou encore de “l’existence” d’un monde extérieur.

Joué par Dev Patel dans le film, Srinivasa Ramanujan, considéré comme un “génie” par ses contemporains, est mort à son retour en Inde, à l’âge de 32 ans, probablement de la tuberculose.

Pendant trois ans, deux, trois fois par semaine, des tutoriaux avec un professeur dans le bureaux et que deux étudiants à la fois : lieux paradisiaques à Sussex University

Autant la cérémonie de la panthéonisation de Josephine Baker m’avait fait réfléchir sur la part française de mon identité, autant ce film “L’Homme qui défiait l’Infini”, (suivi in English of course) m’a resitué du côté anglo-saxon… et m’ont offert un rappel des racines de mes activités (journalistiques, sciences, espace, astronomie…) ces quelques 65 et plus années.

[Images sources : du film, Getty et personnelles]

Updated/maj. 04-12-2021

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