Portrait : La folle vie de Lee Miller, muse de Man Ray, photographe de guerre et cuisinière surréaliste. Mannequin, compagne de Man Ray, muse, photoreporter puis cordon bleu au crépuscule de sa vie, Lee Miller aura vécu son existence sans jamais se contenter de ce qui était acquis. Une quête du beau et du vrai qui l’a menée des couvertures de « Vogue » au camp de Dachau.

C’est peut-être l’une de ses photos les plus célèbres. Nue dans une baignoire, Lee Miller se savonne le dos, le regard détourné de l’objectif. Une scène anodine pour ceux qui ne s’attachent pas aux détails, et pourtant, ici plus qu’ailleurs, ils sont fondamentaux. Car nous sommes en 1945, cette salle de bain est celle d’Hitler, les boots de femme qui maculent le tapis ont foulé Dachau et Buchenwald et l’individu qui prend la pose n’est autre que Lee Miller, l’acolyte de Man Ray, grande habituée des dîners mondains et des couvertures de magazines.

Photo de David Scherman

Mais comment cette jeune fille de bonne famille née à Poughkeepsie en 1907, se retrouve à incarner de la sorte le bouillonnement artistique d’une époque, ainsi que sa folie meurtrière ? La beauté tout comme l’horreur du 20e siècle ? Pour le comprendre, il faut revenir en arrière.

Il y a d’abord cette enfance volée, marquée par un viol et des séances photos dénudée sous l’objectif de son père. Et puis il y a le hasard, qui la pousse sur le chemin du grand patron de presse Condé Nast. En sauvant cette inconnue d’un accident de voiture en plein New York, il reste subjugué par la régularité de ses traits et son regard grave, et décide d’en faire l’un des mannequins phares des années 20.

Lee Miller n’a que 20 ans et son corps, son visage ne lui appartiennent plus depuis fort longtemps. L’heure est venue de reprendre le contrôle. Direction Paris où, en cet été 1929, elle devient photographe à son tour. Forçant le destin, c’est Man Ray qu’elle choisit comme professeur, en se présentant à lui dans un café d’un simple : « Lee Miller, je suis votre nouvelle élève. » La collaboration sera fructueuse. Ensemble, ils découvrent le procédé de solarisation et sous leur objectif commun, toute la fine fleur de l’époque défile. Ils s’aiment.

« J’étais très belle. Je ressemblais à un ange mais, à l’intérieur, j’étais un démon », déclare-t-elle à l’époque. Une beauté tourmentée que s’arrachent les artistes de l’époque dont Picasso qui la peint à plusieurs reprises. Son visage, son corps continuent de lui échapper. Comment se retrouver ?

Ci-contre: Lee Miller dans Vogue 1931 – George Hoyningen-Huene Condé Nast via Getty Images

La réponse est toujours la même, « je préfèrerais prendre une photo qu’en être une », annonce-t-elle en 1932. La voilà partie pour New York, où elle ouvre son propre studio de photo. La suite se déroule dans plusieurs villes, plusieurs pays : Le Caire, où elle émigre avec son mari, un fonctionnaire égyptien. Paris, où elle retrouve la fine fleur artistique chaque été, Roland Penrose — avec qui elle commence une liaison —, Man Ray, Dora Maar, Eileen Agar, Max Ernst, Dorothea Tanning et Picasso. Et puis Londres où elle s’établit finalement avec son amant. Toutes ces années, elle continue d’affûter son art, cultivant sa fibre surréaliste, cherchant le sublime dans le quotidien.

Lee Miller’s most famous surrealist image, “Portrait of Space”, taken near Siwa in Egypt.

Enigmatic, it allows the viewer to decide where their focus lies and what is happening. The cloud behind the frame, the shape of a bird possibly alluding to how Lee felt at the time. Loving the adventure of the desert yet finding the expectations of the ex-patriot society stifling, there was a longing to escape. In Egypt Lee was far from the buzzing art movement she had been part of in Paris, often in her letters to Roland she asks for news of the artworld, her friends and for art publications even though she was well connected to several artists in the Egyptian surrealist movement there through the group of ‘Art & Liberty’ artists.


Portrait of Space was first published in the London bulletin in June 1938, along with her photograph of her friend Dora Maar in profile, the image was seen by many of the Surrealist circle. Rene Magritte was inspired by the image and uses the shape of the torn fly screen in his 1938 painting Le Baiser. .

Les années 40 battent leur plein et charrient avec elles leur lot de conflits meurtriers. Lee Miller devient correspondante de guerre pour Vogue, magazine qu’elle connait bien en tant que mannequin et photographe de mode, et apprend à apprivoiser en tant que photoreporter. Elle vit dans sa chair la violence du quotidien, dans le sillage de l’armée américaine.

Lee Miller avec des soldats américains – 1944 – Phto D. Scherman – Life Getty

« Lee est devenue une GI », dira David Scherman, photographe de Life, qui l’accompagne pendant ce périple. Seule femme sur le terrain, elle documente Blitz en miettes, Dachau libéré, les visages des tortionnaires de Buchenwald, la maison d’Hitler et sa fameuse baignoire au lendemain de son suicide. L’époque des déjeuners sur l’herbe à Montparnasse est loin, mais Lee Miller est devenue une photographe de renom, indispensable au magazine Vogue et à ses lecteurs.
Après la guerre, elle prête sa plume et son objectif à des sujets mode, art et décoration et donne naissance à son fils unique, Antony.

Publicité montrant deux femmes, 1950 – Lee Miller – Getty

Son rôle de mère ne lui plaît pas, cette vie rangée ne lui ressemble guère. Lee Miller souffre de stress post-traumatique et a développé un sérieux penchant pour l’alcool. Pour échapper à ses démons, elle se réfugie derrière les fourneaux et met à profit ses cours pris au Cordon Bleu de Paris, tout en renouant avec le surréalisme : du poulet vert ou des spaghettis bleus, un repas entièrement blanc pour cent personnes, de la glace au marshmallow et au Coca-Cola, un poisson cyan inspiré d’une œuvre de Miró…

Des recettes dignes des dîners de Gala, que dégustent les nombreux convives invités à passer le weekend dans cette ferme du Sussex, dans laquelle la photographe a élu domicile. Elle y vivra jusqu’à sa mort en 1977, navigant entre ses casseroles et ses nombreuses archives. Aujourd’hui, les lieux peuvent se visiter et des ateliers de cuisine reprenant les recettes farfelues de Miller sont organisés occasionnellement par Antony, son fils, qui veille au grain. Une façon de faire vivre l’héritage de cette grand dame aux milles vies.

Gold-Fish for dinner anyone?

Interestingly Lee didn’t do much of her own food photography, she preferred to capture her guests enjoying themselves when she did get her camera out around the food. This is one of only a few images we have that she took herself.

The fish dish in the centre of the table is given the name Gold Fish as a word play on a goldfish and the fact that it is a golden colour. .

Image: Lunch out doors, showing Gold Fish, Farleys garden, Farley Farm, Muddles Green, Chiddingly, East Sussex, England c1973 by Lee Miller © Lee Miller Archives, England 2019. All rights reserved. www.leemiller.co.uk .

Pour en savoir plus :
 
Les vies de Lee Miller de Antony Penrose, Seuil.
Lee Miller: A Life with Food, Friends & Recipes de Ami Bouhassane, Penrose Film Productions Ltd and Grapefrukt Forlag.
Lee Miller dans l’oeil de l’Histoire, une photographe de Carolyn Burke, Autrement.

Article de Vanity Fair par Margaux Vanwetswinkel, 21 avril 2020

Updated/maj. 01-09-2020

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