Je me suis toujours méfié, je crois, des intellectuels qui ne savent rien faire de leurs mains : ni planter un clou, ni scier une planche, ni cuisiner, ni bêcher un lopin de terre, – et surtout, même lorsqu’ils sont contraints de se livrer à ce type d’activités, de n’y prendre aucun plaisir.

Or, C.G. Jung était précisément tout l’inverse : un homme qui aimait passionnément travailler de ses mains – il a construit en partie sa fameuse “Tour de Bollingen” et comme le raconte l’un de ses petits-fils, Dieter Baumann : “Jung était un excellent cuisinier et marin. Il avait ce que les Grecs appellent la “techno.”, “techno” signifiant art et compétence. Je me souviens que pendant la guerre, dans le jardin de Bollingen, il a planté du maïs. Il a aussi inventé un appareil pour semer le maïs.”

 

Dans sa démarche thérapeutique tout autant que philosophique, Jung est resté constamment fidèle à cet enracinement dans la réalité la plus concrète, dans l’observation puis l’interprétation la plus ample possible, qui ne se ferme à aucune hypothèse. Lui-même disait couramment que face à un patient, il n’avait aucune théorie, qu’il s’efforçait de faire tabula rasa de tout a priori pour se mettre à l’écoute.

Toute sa démarche repose sur un tel mouvement d’ailleurs : être à l’écoute puis décrypter en faisant appel au maximum de connaissances, dans tous les registres, depuis les mythes les plus anciens jusqu’aux découvertes les plus récentes de la science, au travers, par exemple, de ses échanges avec le physicien Wolfgang Pauli.

Updated/maj. 27-11-2021

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