Mis en ligne avec photos le 4/12/2021

Cette réunion se veut simple. Si Lawrence en avait été responsable, il aurait voulu le strict minimum, en murmurant : « Oh un sac plastique de poubelle suffira, et surtout personne ne doit pleurer. » Qu’il nous donne maintenant la force de lui rendre hommage avec un recueillement sympathique et coloré – ce dernier mot, coloré, étant très symbolique.

Je vais évoquer quatre aspects de sa vie, trop courte. Il n’avait que 62 ans. Notre plus jeune frère François se souvient qu’après ses études au Lycée Français de Londres, Lawrence avait postulé pour un poste de conducteur du métro de Londres. Notre père avait été horrifié et lui avait trouvé un poste de vendeur dans un magasin de vin et de bière. Ce fut sa première passion pour la viticulture et au fil de ces années il avait acquis une remarquable connaissance des cépages, des châteaux et des papilles gustatives d’une grande sensibilité.

Plusieurs de ses anciens collègues qui travaillaient avec lui dès le début des années 70 sont avec nous ici. Je vous livre quelques anecdotes dont ils se souviennent. Lawrence à l’époque avait tout l’air d’un hippie barbu. Notre grand-mère maternelle l’appelait le « Jésus Christ » de la famille. Il tenait la boutique en s’appliquant à l’extrême, étiquetant les bouteilles sur les étagères avec une fine et belle calligraphie qu’enviaient ses collègues. La même application que pour l’étiquetage des ses centaines d’iris. Lawrence était aussi un farceur et bon-vivant. Plusieurs de ses collègues se souviennent qu’en arrivant un matin, une odeur très forte envahissait tout l’établissement. Il avait confectionné une soupe à l’ail. Ce n’est qu’en fin de matinée, qu’ils ont tous réalisé qu’ils n’avaient eu aucun client. La camaraderie se poursuivait aussi après la fermeture. Un soir à deux, ils avaient ‘descendu’ une bouteille d’un très bon Brandy. Ils ont été malades pendant trois jours.

La collection entière des créations de Lawrence a été confiée à la Société Française des Iris et Bulbeuses, gérée par son président Roland Dejoux qui habite non loins du Trescols dans le Gers

‘Souvenir de Lawrence’
LR15-60A : ‘Honey Oasis’ x ‘ ‘Yalda’ – AB, les pétales sont lilas sur des sépales lilas marqués violet au centre avec une bordure brune. La barbe est moutarde pointée mauve. Cinq boutons sur trois niveaux de floraison. Cet iris est nommé au souvenir de son créateur Lawrence Ransom qui a beaucoup produit de variétés arilbreds

Roland Dejoux : “Après le décès de Lawrence Ransom, sa famille nous avait contacté pour évaluer ses semis en cours d’observation. Avec quelques juges internationaux de la Société Française des Iris et des Plantes Bulbeuses nous avons fait une sélection des variétés qui méritent d’être enregistrées.

Ces cinq variétés dont les noms ont été choisi par la famille de Lawrence vous sont proposées à l’achat et les produits des ventes seront reversés à la SFIB :
https://www.les-iris-de-laymont.fr
https://www.les-iris-de-laymont.fr/cr%C3%A9ations-iris…/
https://www.les-iris-de-laymont.fr/boutique”

L’approche de cette chaine de magasins « Oddbins »était d’accueillir la clientèle avec les meilleurs vins et bières, et d’une manière très très personnalisée. Ils avaient un chat à qui une cliente apportait des poissons. Il y avait toujours une bouteille ouverte sur le comptoir. L’atmosphère correspondait à l’époque de la musique rock et populaire. Quand la chaine fut achetée par une grande multinationale, cela n’a pas du tout plut à Lawrence et beaucoup de ses collègues.

C’est à cette époque que, de l’œnologie, Lawrence est passé à sa deuxième passion : l’horticulture et son amour des iris, en Lot et Garonne où notre père avait acheté le Trescols à Hautefage la Tour. Et malgré la terre très calcaire et inhospitalière, il a réussi au cours des années à devenir un des plus talentueux créateur de nouvelles variétés d’iris. Nous avons dès 1991 crée ensemble un site web iris.au-trescols.net qui offrait à la vente à une époque, près de 800 variétés, dont celles de sa création qu’il estimait être à la hauteur. Chaque année il « introduisait » (comme l’on dit) une petite dizaine de nouveautés, chacune avec un nom choisi après des jours, sinon des mois de réflexion. ‘Pachtoun, Nebbiolo, Eastern Dusk, Gladys Clarke – en hommage à une amie hybriseuses. Et puis pour nos petits-enfants qu’il affectionnait tant : Taina, Cloé, Manon. Sans doute je vais trouver dans son ordinateur une fleur qui s’appelle/era Alexandre. Il appartenait à la Société Française des Iris et Bulbeuses et à la Société Américaine des Iris. Je remercie beaucoup de ses membres qui nous ont envoyé leurs témoignages.

M. Sylvain Ruaud, hybridiseur également, se souvient de leur première rencontre en 1983 : « C’était un jeune homme direct et sensible. Son côté bourru ne m’a jamais déplu et j ‘appréciait surtout sa franchise et son enthousiasme. Ce qu’il m’a dit de sa passion pour les iris n’a fait qu’accroitre ma sympathie. » Une autre connaissance me dit « Il était d’une gentillesse infinie. » et même sa pharmacienne : « Il était adorable. »

Lawrence a commercialisé – mais il n’employait pas ce terme – ses fleurs de 1991 à 2015, avec des admirateurs inconditionnels en France mais bien au-delà : en Australie et aux USA. Ce dimanche dernier, il devait finir l’empaquetage d’un lot de rhyzomes, plus de 250, qu’il donnait, oui donnait gracieusement à un ami au Texas. Ce paquet, Nicolas et moi l’avons complèté pour lui et il partira demain.

Troisième grande passion de Lawrence, la photographie. D’abord ces vues méticuleusement cadrées de ses créations, et dont les couleurs devaient être rigoureusement fidèles, puis des insectes et nuisibles contres les quels ils se battait, puis de la nature environnante. Ces collines et champs du Lot et Garonne qu’il découvrait seul – mais surtout en faisant des randonnées avec un groupe d’amis dont certains sont là aujourd’hui. Ma femme Paulette et moi faisions aussi régulièrement de la randonnée avec un groupe de Penne et c’est que très récemment que nous avions déduit que Lawrence en faisait aussi. Il nous l’avait pas dit. Et jusqu’à hier, j’ignorais les membres de ce groupe.

J’oubliai deux autres grands intérêts : la compagnie de ses perruches, et sa passion pour les abeilles : il avait eu des ruches quand il avait la vingtaine, il en a eu également au Trescols et partageait cet amour avec l’oncle Raymond.

Merci à tous ceux qui ont soutenu Lawrence ces derniers mois. Il avait appris qu’il avait des nodules cancéreux aux poumons. Son traitement spécial avançait, semble-t-il, avec de bons résultats. Il devait prendre connaissance de ses derniers examens lundi dernier. Nous avons alors appris à apprécier Lawrence d’autant plus qu’il parlait plus librement, de sa santé mais de tous les sujets, qu’il semblait se libérer de son isolement apparent. Il blaguait sur l’actualité, et la semaine dernière taquinait François sur les mérites ou non des produits et des habitants des pays de nos origines, la France et l’Angleterre.

Mes derniers mots concernent le dimanche de son départ. Nous avions organisé une fête, un repas de famille. Il était venu me voir le matin alors que j’arrangeais les tables. Je devinais ce qu’il allait me dire : « Martin, je ne vais pas manger avec vous, je me sens faible, et j’ai des iris à expédier. » Et il se retirait dans sa maison et son atelier d’iris. Je ne m’attendais pas à le revoir, et à devoir m’en excuser auprès de la famille.

Quelle ne fut ma surprise de le voir apparaître, venant vers moi au moment de l’apéritif, son appareil Nikon en bandoulière, pour dire : « Je viens quand-même dire bonjour à tout le monde. » Il venait dire « hello », et à peine une demi-heure plus tard, il tombait à la renverse. Son cœur lâchait. C’était sa manière de dire « Goodbye»… « Hello, Goodbye »

Lawrence, toi notre frère à François et moi, trop discret, trop modeste, perfectionniste, artiste en horticulture, que Paulette et moi avons eu comme voisin à 30 mètres de chez nous pendant plus de 30 ans, tu nous manqueras énormément… ainsi qu’à la grande famille Ransom-Pichayrou-Guermont au Trescols, Aurélia et Jérome et enfants à Tokyo, Nicolas, Kele et leurs cariocas au Brésil… la famille du Lot et Garonne, et à tous les amis fidèles que t’es fait en Angleterre et en France. Bon voyage. Merci.

Updated/maj. 05-12-2021

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