Comme une étoffe déchirée
On vit ensemble séparés
Dans mes bras je te tiens absente
Et la blessure de durer
Faut-il si profond qu´on la sente
Quand le ciel nous est mesuré

C´est si peu dire que je t´aime

Cette existence est un adieu
Et tous les deux nous n´avons d´yeux
Que pour la lumière qui baisse
Chausser des bottes de sept lieux
En se disant que rien ne presse
Voilà ce que c´est qu´être vieux

C´est si peu dire que je t´aime

C´est comme si jamais, jamais
Je n´avais dit que je t´aimais
Si je craignais que me surprenne
La nuit sur ma gorge qui met
Ses doigts gantés de souveraine
Quand plus jamais ce n´est le mai

C´est si peu dire que je t´aime

Lorsque les choses plus ne sont
Qu´un souvenir de leur frisson
Un écho de musique morte
Demeure la douleur du son
Qui plus s´éteint plus devient forte
C´est peu, des mots pour la chanson

C´est si peu dire que je t´aime
Et je n´aurai dit que je t´aime

C’est si peu dire que je t’aime – Louis Aragon (1897-1982)

Photo © Maja Topčagić

Updated/maj. 06-03-2022

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